Chèque Santé, titre prépayé pour favoriser la prévention santé

Jeune startup originaire de Montpellier, Care Labs était en juin dernier l’invitée de Sanofi à Futur en Seine pour présenter Chèque Santé, titre prépayé destiné au financement de produits et prestations de santé peu ou pas remboursés.

Chèque Santé est un titre prépayé qui permet à son bénéficiaire de financer tout ou partie de ce qui n’est pas pris en charge par la Sécurité sociale ou les mutuelles (prestations non remboursées, dépassements d’honoraires, etc.). Il peut s’agir de consultations médicales, de prestations ou de produits de prévention dans le domaine de la santé, du sport et du bien-être.

Calqué sur le modèle des chèques déjeuner, Chèque Santé peut être financé par plusieurs types d’acteurs, qui pourront créditer le compte des bénéficiaires finaux : l’employeur ou le comité d’entreprise pour ses salariés, la mutuelle ou l’assureur pour ses adhérents, la collectivité pour les usagers ou encore les associations de patients pour leurs membres. L’objectif ? Favoriser la prévention santé et fluidifier le parcours de soins.

Le crédit est alloué à son bénéficiaire sur son compte en ligne, son mobile ou une carte. Il choisit son professionnel de santé dans l’annuaire des professionnels affiliés et prend directement rendez-vous avec lui. Le règlement de la prestation ou du produit fourni s’effectue via l’application Chèque Santé, la carte prépayée ou en imprimant le code sur papier. Quant au praticien, ses honoraires sont réglés directement sur son compte bancaire sous 48h.

La startup à l’origine de Chèque Santé, Care Labs, compte bientôt élargir son offre de services complémentaires. A partir de septembre 2015, les utilisateurs devraient avoir la possibilité d’accéder à un carnet de santé en ligne avec des conseils prévention personnalisés, qui pourra être alimenté par les données issues d’objets connectés de santé. Ce carnet devrait leur permettre également, à l’issue d’une consultation médicale, de scanner l’ordonnance et de la transmettre par exemple directement au pharmacien. L’application s’enrichira aussi d’une fonctionnalité de porte-monnaie électronique basée sur l’enregistrement de la carte bancaire de l’utilisateur, pour régler directement via l’application la part non couverte par les crédits. A terme, ce sont même des services de téléconsultation qui pourraient être proposés.

Pour rappel, le montant annuel du reste à charge* des ménages était en moyenne de 518 euros selon le baromètre de Sofinco publié en janvier 2015. Selon cette étude, 60 % des Français déclaraient avoir remis à plus tard ou renoncé à des consultations médicales ou des dépenses de santé en raison de leur coût. A noter également que 47 % des Français déclarent avoir repoussé ou renoncé à l’achat de lunettes, de lentilles ou de prothèses dentaires et un tiers d’entre eux a déjà repoussé ou renoncé à une visite chez un spécialiste

L’interview de Vincent Daffourd, fondateur de Chèque Santé

Comment vous est venue l’idée de Chèque Santé ?

L’idée est née il y a quelques années, alors que je me trouvais cloué sur un lit d’hôpital par une infection pulmonaire contractée lors d’un voyage professionnel. J’ai alors découvert que la sécurité sociale ne remboursait pas tous les soins qui m’étaient nécessaires, loin de là – en plus de prendre conscience à ce moment-là que la santé est notre capital le plus précieux. Devant faire des séances de kiné respiratoire, j’avais choisi de prendre un ostéopathe plutôt qu’un kiné, car les séances étaient bien moins douloureuses. Mais l’ostéopathie n’étant pas remboursée, tout était à ma charge.

Un jour, alors que je n’avais pas de quoi régler mon ostéo, je lui ai proposé de faire un troc. En effet, je venais de recevoir mon carnet de chèques déjeuner, dont je ne pouvais pas me servir vu que j’étais à l’hôpital. J’ai fait remarquer que c’était bien dommage de ne pas avoir de chèque santé. Les soignants qui étaient présents m’ont confirmé que l’idée était excellente, et qu’un grand nombre de leurs patients en auraient bien besoin. L’idée a germé comme ça, sur un lit d’hôpital, après avoir troqué mes chèques déjeuner contre une séance d’ostéopathie.

A ma sortie d’hôpital en décembre 2012, on a décidé, avec le kiné qui m’avait suivi, de présenter notre projet à un concours de startups, La startup est dans le pré, et on a gagné le 1er prix du concours. Cela nous a permis de bénéficier de l’aide de plusieurs structures d’accompagnement, un processus de 20 mois au cours desquels nous avons pu réaliser les études de marché et l’étude de faisabilité juridique, structurer l’idée, passer en mode projet puis passer du mode projet à la création de l’entreprise.

Care Labs est ainsi né en juin 2014, et Chèque Santé a été lancé en janvier 2015. Nous avons aujourd’hui décliné le service autour du sport et du bien-être avec Chèque Santé Sport et Chèque Santé Bien-Etre.

Comment fonctionne Chèque Santé ?

Chèque Santé est un titre prépayé dédié aux prestations de santé, de sport et de bien-être, comparable dans son fonctionnement au chèque déjeuner. Le modèle repose sur trois acteurs : le financeur, l’affilié et le bénéficiaire. Parmi les financeurs possibles : l’employeur, le comité d’entreprise, l’assureur, la mutuelle, les collectivités, Pôle emploi, ou encore les associations de patients, qui créditent les « chèques santé » à destination des bénéficiaires finaux. De l’autre côté, nous avons les affiliés, qui sont les professionnels de santé inscrits au RPPS – le répertoire partagé des professionnels de santé du ministère de la santé – ainsi que des professionnels du sport et du bien-être.

Le titre est dématérialisé sur une plateforme web ou sur l’application mobile. Nous sommes cependant capables de le rematérialiser, soit sur une carte, soit sur un bon papier. L’application mobile permet de géolocaliser un praticien autour de soi, ou de faire une recherche par nom et par spécialité, et de savoir s’il est disponible maintenant. Je peux donc par exemple rechercher autour de moi un ostéopathe disponible tout de suite, et prendre directement rendez-vous via l’application, grâce à notre module de prise de rendez-vous en ligne.

Une fois la consultation faite, au moment de régler, il suffit au bénéficiaire de présenter son smartphone avec un QR code, que le praticien flashe avec le sien. Si besoin, il est également possible d’entrer manuellement le code sur notre plateforme. Le montant de la prestation sera alors débité, après que le bénéficiaire a saisi un code pin à quatre chiffres.

Quel est votre business model et quels sont vos objectifs ?

Nous travaillons de la même façon que les autres éditeurs de titres prépayés, comme par exemple Chèque Déjeuner. Nous facturons des frais de gestion à nos clients (financeurs), variables en fonction du volume. Parallèlement, nous facturons des frais de traitement bancaires et administratifs à nos affiliés (professionnels de santé). Nous commercialisons également l’application mobile seule, avec ses fonctionnalités de prise de rendez-vous, de porte-monnaie électronique et de carnet de santé.

L’objectif de Care Labs est de favoriser l’accès à la prévention santé et de répondre avant tout à deux problématiques, qui sont les deux freins principaux à l’accès aux soins. Tout d’abord, la solvabilisation des patients, car le reste à charge est toujours plus élevé, et le renoncement aux soins par manque de moyens est en progression constante. Ensuite, la fluidification et la simplification de l’accès aux soins, car beaucoup de patients ont reporté ou annulé un soin en raison de délais de rendez-vous trop longs. Le tout via un système de paiement sécurisé au plus haut niveau, et une protection des données de santé via un hébergeur agréé par l’ASIP Santé.

Quelles sont les prochains services que vous allez proposer ?

Nous voulons développer la fonctionnalité de porte-monnaie électronique. L’utilisateur pourra enregistrer sa carte bleue sur son compte Chèque Santé en la photographiant avec son téléphone depuis l’application. Cela permettra au bénéficiaire de payer toutes les prestations avec notre application : avec les crédits Chèque Santé pour les prestations non remboursées, et avec la carte pré-enregistrée pour le reste ou lorsque le crédit est épuisé. C’est un réel besoin, car la plupart des professionnels de santé ne prennent pas la carte bleue, à l’exception des gros cabinets médicaux. Plus besoin de penser à prendre le chéquier ou l’appoint en espèces.

Nous voulons également introduire un carnet de santé intelligent, qui permettra notamment de stocker et de transmettre les ordonnances. Par exemple, si votre médecin généraliste vous prescrit une ordonnance de médicaments, vous pourrez l’envoyer vous-même à votre pharmacien depuis l’application mobile, afin qu’il vous la prépare en avance. De même, si l’ophtalmologue vous prescrit une ordonnance pour des lunettes, vous pourrez la transmettre directement à votre opticien pour gagner du temps, toujours dans cet esprit de fluidification et de simplification du parcours. Autres fonctionnalités prévues : en tant qu’utilisateur, vous pourrez synchroniser votre carnet de santé avec vos objets connectés de santé, et partager les données collectées avec les professionnels que vous souhaitez au travers de l’application.

Tout est déjà en place, les développements informatiques ont été réalisés et nous prévoyons de lancer ces évolutions à partir de septembre 2015.

Quelles sont vos perspectives pour les mois à venir ?

Nous souhaiterions que les mutuelles et assureurs intègrent notre offre à leurs contrats, afin qu’un plus grand nombre de bénéficiaires puissent avoir accès à nos prestations. L’objectif de l’innovation sociale, c’est qu’elle soit accessible à tous et pour tous. La prévention est un véritable investissement, ce n’est pas juste un coût. Des études ont largement démontré le retour sur investissement de la prévention santé, notamment pour les employeurs. Ainsi, une étude de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail de 2014 a montré que pour 1 euro investi, le bénéfice net pouvait aller jusqu’à 13 euros.

Demain, notre ambition est également d’internationaliser notre dispositif, notamment en Belgique, au Luxembourg et au Canada.

Une présentation du service en vidéo :

*Le budget santé restant à la charge des ménages est la somme versée pour l’assurance santé, le coût des consultations non couvert par l’assurance maladie ou l’assurance santé, les médicaments non remboursés ainsi que les produits de santé achetés en pharmacie (aspirines, paracétamol, etc.) ou en dehors des pharmacies (pansements, désinfectant, thermomètres, etc.).

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