GAFAM & données de santé · Stratégie
Contrairement à Apple, qui avance derrière une interface unique, Google explore la santé par plusieurs portes à la fois : une filiale sciences de la vie, un laboratoire d’IA, le rachat de Fitbit, des modèles de langage médicaux. Une ambition réelle — mais dispersée, et jalonnée d’un précédent qui a marqué les esprits sur les données.
Une santé à plusieurs entrées
En 2015, Google se restructure sous une maison mère, Alphabet, qui isole plusieurs paris de long terme en filiales distinctes. Deux concernent directement la santé et la biologie : Verily, dédiée aux sciences de la vie (capteurs, études cliniques, gestion de données de santé), et Calico, tournée vers la recherche sur le vieillissement. À côté, DeepMind, le laboratoire d’intelligence artificielle racheté en 2014, développe ses propres projets appliqués à la médecine. Là où Apple mise sur une plateforme grand public cohérente, Google avance donc par briques séparées.
L’épisode Streams : la leçon sur les données
Le tournant le plus instructif reste l’app Streams, développée par DeepMind pour alerter les soignants en cas d’insuffisance rénale aiguë. Le partenariat avec un hôpital du NHS britannique (Royal Free) reposait sur le transfert des données d’environ 1,6 million de patients. En juillet 2017, l’autorité britannique de protection des données (l’ICO) a estimé que l’hôpital n’avait pas respecté la loi : les patients n’avaient pas été correctement informés, et le volume de données jugé excessif. L’outil pouvait être cliniquement utile ; c’est le cadre du consentement qui a fait défaut. Une illustration nette de l’enjeu récurrent des données de santé confiées aux géants du numérique.
| Entité | Rôle | Statut |
|---|---|---|
| Verily | Sciences de la vie, capteurs, données cliniques | Active, recentrée sur l’IA |
| DeepMind | IA médicale (Streams, imagerie, Med-PaLM) | Active, intégrée à Google |
| Fitbit | Bracelets & montres connectés | Racheté (2021), intégré |
| « Google Health » (division) | Coordination santé interne | Dissoute en 2021 |
Fitbit, l’IA et les montres
En rachetant Fitbit — opération annoncée fin 2019 et finalisée en janvier 2021 pour environ 2,1 milliards de dollars —, Google met la main sur une base d’utilisateurs de montres et bracelets connectés, et sur des années de données d’activité. L’acquisition a été scrutée par les régulateurs, précisément à cause des données de santé qu’elle concentre. En parallèle, DeepMind et Google poussent l’IA médicale : après des travaux remarqués en imagerie (dépistage rétinien, par exemple), ils ont présenté Med-PaLM, un modèle de langage entraîné à répondre à des questions médicales — dans la lignée de l’IA générative en santé, avec les mêmes prudences.
Quand l’IA lit les examens médicaux
C’est peut-être là que Google a produit ses résultats les plus tangibles. Dès 2016, DeepMind s’associe au Moorfields Eye Hospital de Londres pour analyser des scans de la rétine. En 2018, une étude publiée dans Nature Medicine montre qu’un système entraîné sur des milliers d’images OCT peut recommander l’orientation des patients pour plus de 50 maladies oculaires, avec une justesse comparable à celle d’experts de premier plan. Google Health a aussi travaillé sur le dépistage de la rétinopathie diabétique — l’une des premières causes de cécité évitable dans le monde — par analyse automatisée du fond d’œil. La logique reste constante : l’IA trie et signale pour faire gagner du temps ; le diagnostic et la décision demeurent au médecin, exactement comme pour l’IA en radiologie.
Beaucoup de briques, pas encore d’édifice
La trajectoire de Google en santé est faite d’avancées réelles… et de replis. La division « Google Health » dédiée a été dissoute en 2021, ses équipes réparties entre la recherche, Fitbit, le cloud et DeepMind. Côté professionnels de santé, Google a proposé des outils cliniques (Care Studio) et mise sur Google Cloud pour héberger et faire circuler les données médicales, sur le terrain très concurrentiel de l’interopérabilité. Verily, de son côté, a resserré ses activités. Résultat : une puissance technologique indéniable (IA, capteurs, cloud), mais pas de plateforme santé unifiée comparable à celle d’Apple. Pour l’utilisateur, l’essentiel est ailleurs : quelles données sont collectées, par quelle entité, et avec quelles garanties. C’est à cette aune — plus qu’aux annonces — qu’il faut lire les ambitions santé des géants du numérique.
Questions fréquentes
Google a-t-il une application santé comme Apple ?
Pas d’équivalent unifié. Google agit via plusieurs entités (Verily, DeepMind, Fitbit) et des services, sans plateforme santé grand public unique comme l’app Santé d’Apple.
Qu’était l’affaire Streams ?
Une app de DeepMind alertant sur l’insuffisance rénale aiguë, testée avec un hôpital du NHS. En 2017, l’autorité britannique a jugé le partage des données de 1,6 million de patients non conforme, faute d’information suffisante.
Pourquoi Google a-t-il racheté Fitbit ?
Pour renforcer sa présence dans les objets connectés (montres, bracelets) et l’écosystème de données d’activité. L’opération, finalisée début 2021 pour environ 2,1 Md$, a été surveillée pour ses enjeux de données de santé.
• Information Commissioner’s Office (ICO, Royaume-Uni) : ico.org.uk — décision Royal Free / DeepMind (2017).
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Information générale sur la santé numérique, à but éducatif. Ne constitue pas un avis médical.
