Le règlement européen sur l’IA appliqué à la santé : ce qui change, et quand

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Un homme travaille entre plusieurs écrans d'ordinateur

Système de santé · Régulation de l’IA

L’Union européenne s’est dotée du premier corpus juridique horizontal sur l’intelligence artificielle. Pour la santé, la conséquence est immédiate : tout dispositif médical embarquant de l’IA sera classé à haut risque. Mais entre l’adoption du texte et son application effective, le calendrier a déjà bougé plusieurs fois.

En brefLe règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle range les dispositifs médicaux et les dispositifs de diagnostic in vitro dotés d’IA dans la catégorie « haut risque » au titre de son annexe I. Ces systèmes devaient être soumis aux obligations à partir du 2 août 2027 ; ce délai a été repoussé au 2 août 2028 dans le cadre de l’ajustement du calendrier discuté en 2025-2026. Les systèmes à haut risque relevant de l’annexe III, eux, glissent du 2 août 2026 au 2 décembre 2027.
2024/1689
règlement européen sur l’IA
Annexe I
où figurent les dispositifs médicaux
Août 2028
application aux DM et DIV dotés d’IA

Pourquoi les dispositifs médicaux sont automatiquement à haut risque

Le règlement organise une pyramide du risque. Au sommet, quelques pratiques interdites — notation sociale, manipulation subliminale, catégorisation biométrique sur des critères sensibles. En dessous, les systèmes à haut risque, soumis à une batterie d’obligations. Plus bas encore, les systèmes à risque limité, tenus à une simple transparence, et le reste, non réglementé par ce texte.

Les dispositifs médicaux n’ont pas eu besoin d’être nommément listés à l’annexe III, qui recense des cas d’usage sensibles. Ils entrent par l’annexe I, qui vise les systèmes d’IA destinés à être utilisés comme composants de sécurité de produits déjà couverts par une législation d’harmonisation de l’Union et soumis à une évaluation de conformité par tiers. Le règlement sur les dispositifs médicaux et celui sur les diagnostics in vitro figurent dans cette liste. Autrement dit : dès qu’un logiciel médical marqué CE via un organisme notifié embarque de l’IA, il est à haut risque de plein droit.

Cette automaticité est cohérente : un algorithme qui pèse sur un diagnostic ou sur une décision thérapeutique touche à l’intégrité physique. Elle est aussi lourde, parce qu’elle superpose deux corpus d’obligations sur un même produit.

Ce que le régime « haut risque » exige concrètement

Les obligations ne relèvent pas de la déclaration d’intention. Elles portent sur des livrables vérifiables : un système de gestion des risques continu sur tout le cycle de vie ; une gouvernance des données d’entraînement, de validation et de test, incluant l’examen des biais possibles ; une documentation technique permettant l’évaluation de conformité ; l’enregistrement automatique des événements (les journaux, ou logs) pour assurer la traçabilité ; une transparence suffisante pour que l’utilisateur professionnel interprète la sortie du système ; un contrôle humain effectif, conçu dès la phase de développement et non ajouté après coup ; enfin un niveau approprié d’exactitude, de robustesse et de cybersécurité.

Le contrôle humain mérite qu’on s’y arrête. Le texte n’exige pas un humain qui valide chaque sortie — ce serait souvent impraticable et parfois contre-productif. Il exige que les personnes chargées de la supervision soient en mesure de comprendre les capacités et limites du système, de rester conscientes du risque de biais d’automatisation (cette tendance documentée à faire confiance à la machine plus qu’à son propre jugement), et de pouvoir interrompre le système.

Un calendrier qui a bougé, et pourquoi

Le règlement est entré en vigueur en 2024, avec une application échelonnée. Les interdictions et les dispositions sur la culture de l’IA sont entrées en application les premières. Les règles sur les modèles d’IA à usage général ont suivi. Les systèmes à haut risque devaient venir ensuite.

Le calendrier initial fixait au 2 août 2026 l’application aux systèmes de l’annexe III et au 2 août 2027 celle aux systèmes de l’annexe I — dont les dispositifs médicaux. La Commission a proposé en novembre 2025 un ensemble de mesures dit « omnibus numérique », visant notamment à repousser ces échéances, argument principal : les normes harmonisées permettant aux fabricants de présumer leur conformité n’étaient pas prêtes. Un accord politique entre colégislateurs est intervenu en 2026. Les dispositifs médicaux dotés d’IA basculent ainsi au 2 août 2028, les systèmes de l’annexe III au 2 décembre 2027.

Jalons d’application — Le Pouls Numérique
Catégorie Date initiale Date révisée
Pratiques interdites Février 2025 Inchangée
Modèles d’IA à usage général Août 2025 Inchangée
Haut risque — annexe III 2 août 2026 2 décembre 2027
Haut risque — annexe I (DM, DIV) 2 août 2027 2 août 2028

Il faut dire les choses telles qu’elles sont : ce report est une victoire de l’argument industriel sur l’argument de protection. Il est défendable sur le fond — appliquer des obligations sans référentiel normatif produit de l’insécurité juridique sans produire de sécurité réelle — mais il alimente aussi la critique d’une Europe qui légifère vite et applique lentement.

L’articulation avec le règlement sur les dispositifs médicaux

C’est le point technique le plus délicat. Un logiciel d’aide au diagnostic radiologique doté d’IA relève simultanément de deux régimes. Le législateur a prévu un mécanisme d’intégration : l’évaluation de conformité au titre du règlement sur l’IA est menée dans le cadre de la procédure existante du règlement dispositifs médicaux, par le même organisme notifié, afin d’éviter la double instruction.

Encore faut-il que les organismes notifiés disposent des compétences pour auditer un système d’IA — évaluer la représentativité d’un jeu de données d’entraînement n’est pas le même métier qu’auditer un système de management de la qualité. La montée en compétence de ces organismes est l’un des chantiers silencieux mais déterminants des prochaines années.

Ce que cela change pour le patient

Sur le papier, beaucoup. Le règlement crée un droit à l’explication pour les personnes affectées par une décision fondée sur un système à haut risque, ainsi qu’un droit de déposer plainte auprès d’une autorité de surveillance du marché. Il impose l’enregistrement des systèmes à haut risque dans une base de données européenne, qui sera publique pour la plupart des informations.

Dans les faits, la portée dépendra de deux inconnues : la robustesse des normes harmonisées à venir, et les moyens dont disposeront les autorités nationales de surveillance. Un règlement sans inspecteurs reste une intention.

Questions fréquentes

Un logiciel médical sans IA est-il concerné ?

Non. Le règlement sur l’IA ne s’applique qu’aux systèmes répondant à sa définition de l’IA. Un logiciel purement déterministe reste sous le seul régime du règlement dispositifs médicaux.

Les hôpitaux sont-ils soumis à des obligations ?

Oui, en tant que déployeurs. Ils doivent notamment assurer le contrôle humain, surveiller le fonctionnement et informer le fabricant en cas d’incident grave.

Le report d’application signifie-t-il l’absence de règles jusqu’en 2028 ?

Non. Le règlement dispositifs médicaux, le RGPD et le droit de la responsabilité continuent de s’appliquer pleinement dans l’intervalle.

Un algorithme entraîné hors d’Europe peut-il être déployé en Europe ?

Oui, sous réserve de conformité. Le règlement s’applique en fonction du lieu de mise sur le marché ou d’utilisation, pas du lieu de développement.

Qui surveille l’application du texte ?

Des autorités nationales de surveillance du marché, coordonnées par un Bureau européen de l’IA rattaché à la Commission.

Sources & pour aller plus loin
• Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle, annexes I et III.
• Commission européenne, proposition d’ajustement du calendrier d’application (paquet « omnibus numérique »), novembre 2025.
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LR
La Rédaction du Pouls Numérique
Observatoire indépendant de l’e-santé. Article relu pour exactitude factuelle. Édité par KEVALEX Group.

Information générale sur la santé numérique, à but éducatif. Ne constitue pas un avis médical.