DiGA allemand, PECAN français : rembourser une application, mode d’emploi

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Un soignant consulte un ordinateur portable et une tablette

Système de santé · Remboursement

Prescrire une application comme on prescrit un médicament : l’Allemagne l’a rendu possible en 2020. La France a construit son propre mécanisme, plus prudent sur la preuve, plus lent à ouvrir. Comparer les deux dispositifs, c’est comparer deux philosophies de l’incertitude.

En brefLe dispositif allemand DiGA, issu de la loi DVG de 2019, permet à un éditeur d’obtenir une inscription provisoire au remboursement après un examen accéléré du BfArM, à charge pour lui de démontrer un effet positif sur les soins dans un délai d’essai de douze mois. La France a mis en place une prise en charge anticipée, PECAN, adossée à une évaluation de la Haute Autorité de santé. Les deux voies exigent le marquage CE en amont.
2019
loi allemande DVG créant les DiGA
12 mois
délai d’essai pour prouver l’effet positif
CE requis
condition préalable dans les deux pays

Le pari allemand : rembourser d’abord, prouver ensuite

La logique du DiGA (Digitale Gesundheitsanwendung) est assumée. Un éditeur dont l’application est marquée CE en classe I ou IIa dépose un dossier auprès du BfArM, l’institut fédéral des médicaments et dispositifs médicaux. L’institut vérifie une série d’exigences dites de base : protection des données, sécurité de l’information, interopérabilité, qualité ergonomique, robustesse. Il examine ensuite l’effet positif sur les soins — soit un bénéfice médical, soit une amélioration structurelle et procédurale de la prise en charge.

Si l’effet positif est démontré d’emblée, l’inscription est définitive. S’il ne l’est pas encore mais que l’éditeur présente une évaluation prospective plausible et un protocole d’étude, l’application est inscrite provisoirement pour douze mois, remboursable dès le premier jour, à charge pour l’éditeur de produire la preuve pendant cette fenêtre. À défaut, l’application sort de la liste.

Le pari est celui de l’accès rapide. Il a une conséquence désagréable, qu’il faut nommer : pendant douze mois, la collectivité rembourse un produit dont l’efficacité n’est pas établie. Le dispositif a été critiqué en Allemagne même, notamment sur la qualité méthodologique de certaines études d’évaluation — effectifs modestes, comparateurs faibles, critères de jugement subjectifs, absence d’insu pour des raisons évidentes. Le taux d’applications ayant échoué à convertir leur inscription provisoire en inscription définitive n’est pas négligeable.

La voie française : l’évaluation avant, l’anticipation encadrée

La France a longtemps évalué les dispositifs médicaux numériques par les canaux classiques, lents, adaptés aux implants et mal adaptés à des logiciels dont la version change tous les trimestres. La prise en charge anticipée, dite PECAN, a été conçue pour combler ce trou : permettre un remboursement temporaire, sous conditions, en attendant l’évaluation de droit commun.

L’architecture diffère du DiGA sur un point structurant. Là où le BfArM instruit un dossier essentiellement documentaire pour l’inscription provisoire, la Haute Autorité de santé conduit une évaluation, avec sa doctrine, ses commissions et son exigence de comparateur. La conséquence est mécanique : le flux d’entrée est plus étroit, la preuve d’entrée plus solide, l’accès plus tardif.

Aucune des deux approches n’est absurde. Elles arbitrent différemment entre deux erreurs : rembourser quelque chose d’inefficace, ou priver les patients de quelque chose d’efficace. L’Allemagne accepte plus volontiers la première erreur, la France la seconde.

Deux modèles d’accès au remboursement — Le Pouls Numérique
Critère DiGA (Allemagne) PECAN (France)
Autorité d’instruction BfArM Haute Autorité de santé, ministères
Marquage CE requis Oui, classe I ou IIa Oui
Remboursement avant preuve d’efficacité Oui, 12 mois Encadré, sous conditions
Exigence de comparateur Souple Structurante
Risque principal Rembourser l’inefficace Retarder l’efficace

Ce que « thérapeutique numérique » veut vraiment dire

Le terme digital therapeutics désigne des logiciels dont l’intervention est elle-même le traitement, non un simple support. Une application de thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie n’accompagne pas un traitement : elle est le traitement. C’est cette catégorie qui pose la question du remboursement avec le plus d’acuité, parce qu’elle revendique un effet propre.

Les domaines où la preuve est la plus consistante restent, à ce jour, la santé mentale (insomnie, troubles anxieux, dépression légère à modérée) et l’accompagnement des maladies chroniques dans leur dimension comportementale. Ce sont aussi les domaines où l’effet placebo et l’effet d’attention sont les plus puissants, ce qui complique redoutablement l’interprétation des essais : contre quoi comparer une application, sinon une autre application ?

Les questions que personne ne tranche vraiment

Que devient l’évaluation quand le produit change ? Une application mise à jour huit fois par an n’est pas le produit évalué. Les régulateurs bricolent, avec des seuils de modification substantielle. Aucun n’a résolu élégamment le problème.

Qui prescrit, et qui vérifie l’usage ? Une application prescrite mais jamais ouverte coûte à la collectivité sans rien produire. Les taux d’usage réel des thérapeutiques numériques remboursées, quand ils sont publiés, sont souvent inférieurs à ce que les essais laissaient espérer — parce que les participants d’un essai sont supervisés, rappelés, motivés. La vraie vie ne rappelle personne.

Enfin, le prix. Un logiciel a un coût marginal de production quasi nul. Sur quelle base fixer un tarif de remboursement ? Sur la valeur créée, disent les éditeurs. Sur les coûts évités, disent les payeurs. Ce désaccord n’est pas technique, il est politique, et il structurera la décennie.

Questions fréquentes

Une application remboursée est-elle forcément efficace ?

Non, pas pendant une phase d’inscription provisoire. C’est précisément l’objet de ce délai que de produire la preuve manquante.

Peut-on utiliser une DiGA allemande depuis la France ?

Techniquement souvent oui, mais le remboursement suit l’affiliation à l’assurance maladie du pays concerné.

Qui prescrit une thérapeutique numérique ?

Un professionnel de santé habilité, selon le périmètre défini par le dispositif national. Certaines applications sont accessibles sur attestation de l’assurance maladie.

Une application peut-elle être retirée du remboursement ?

Oui. C’est arrivé à des DiGA n’ayant pas démontré l’effet positif attendu à l’issue de leur période d’essai.

Le marquage CE suffit-il pour être remboursé ?

Non. C’est une condition nécessaire et non suffisante. Le remboursement relève d’une décision distincte, fondée sur le service rendu.

Sources & pour aller plus loin
• Bundesinstitut für Arzneimittel und Medizinprodukte (BfArM), DiGA-Verzeichnis et guide d’instruction.
• Haute Autorité de santé, doctrine d’évaluation des dispositifs médicaux numériques.
• À lire aussi : nos décryptages du système de santé & innovation.
LR
La Rédaction du Pouls Numérique
Observatoire indépendant de l’e-santé. Article relu pour exactitude factuelle. Édité par KEVALEX Group.

Information générale sur la santé numérique, à but éducatif. Ne constitue pas un avis médical.