Google met un pied dans l’ assurance santé avec Oscar Health

Google Capital vient d’investir 32,5 millions de dollars dans la startup de l’assurance santé Oscar Health, qui s’est notamment fait connaître aux Etats-Unis en offrant à ses adhérents des bracelets connectés et en les rémunérant s’ils atteignaient leur objectif d’activité physique. Avec cet investissement, Alphabet poursuit donc son incursion dans la santé, en approchant le marché sous un nouvel angle : celui des financeurs du système de soins.

Après plusieurs partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques, le développement d’un tracker d’activité, l’enrichissement de ses pages de résultats avec des infos santé et des tests de service de téléconsultation médicale, Google s’intéresse maintenant de plus près au marché de l’assurance santé aux Etats-Unis en investissant dans une startup prometteuse : Oscar Health.

Oscar Health, ou l’expérience client de l’assurance santé revisitée par la Silicon Valley

Fondé en 2013 par trois diplômés d’Harvard ayant fait leurs armes dans la Silicon Valley, Oscar se présente comme un assureur innovant, qui mise sur l’utilisation des technologies numériques et des codes du web pour révolutionner le secteur. Cette jeune pousse compte aujourd’hui 40 000 clients dans les deux Etats où elle est présente, New York et le New Jersey, et prévoit d’étendre ses services au Texas et à la Californie début 2016.

Oscar bouscule le marché avec des offres simples et transparentes, des services au plus près des besoins des adhérents et des interfaces ergonomiques et intuitives. L’application possède ainsi un moteur de recherche en langage naturel pour orienter l’utilisateur vers la bonne information ou le bon professionnel de santé (en tapant par ex. simplement « j’ai mal au ventre »). L’utilisateur peut également rechercher et géolocaliser un professionnel de santé, demander à être rappelé par un médecin (moins de dix minutes en moyenne), ou encore accéder facilement à son historique de soins, ses ordonnances et ses résultats d’analyses.

 

 

Oscar a inclu dans ses contrats tout un bouquet de services à caractère préventif : accès à des professionnels de santé 24h/24, 7j/7 par téléphone, check-ups santé, vaccins contre la grippe et médicaments génériques – le tout accessible gratuitement pour tous ses adhérents. L’assureur propose par ailleurs des incitations financières pour renforcer davantage la prévention : tracker d’activité Misfit fourni avec à la clé jusqu’à 240 dollars par an en bons d’achat Amazon si les membres atteignent leurs objectifs d’activité physique, 60 dollars offerts pour passer un bilan de santé ou encore 400 dollars remboursés sur une inscription annuelle à un club de fitness. L’objectif ? Prévenir plutôt que guérir. Et éviter des visites beaucoup plus couteuses, voire des séjours aux urgences, lorsque l’on attend trop avant d’aller consulter un médecin.

La clé du succès : une expérience client qui se veut exemplaire et des services innovants axés sur la prévention, pour réduire les aléas, fidéliser ses adhérents et ne pas être réduit au simple rôle de gestionnaire de demandes de remboursement.

Pourquoi Google s’intéresse à l’assurance santé

En investissant dans Oscar, Google n’en est pas à son premier rapprochement avec un assureur santé. Début 2014, le géant du web avait signé un partenariat avec VSP Vision Care, leader sur le marché de l’assurance optique aux Etats-Unis, en vue de la prise en charge de verres correcteurs et de montures compatibles avec les Google Glass. Ce partenariat lui permettait notamment d’accéder à un canal de distribution spécialisé, via un réseau d’opticiens formés à ces nouvelles technologies, et de toucher plus vite un plus grand nombre de personnes. Mais la suspension de la commercialisation des Google Glass au grand public en janvier 2015 a mis un frein à ce projet.

Aujourd’hui, Oscar semble partager cette vision. Mario Schlosser, co-fondateur, déclarait ainsi au Wall Street Journal que l’un des objectifs de la startup était de renforcer l’adoption de nouvelles technologies de santé développées par d’autres acteurs. Et de prendre comme exemple les lentilles connectées élaborées par Google en partenariat avec Novartis, qu’Oscar pourrait aider à distribuer. Quand on sait que Google développe un tracker d’activité et des dispositifs médicaux connectés avec plusieurs autres partenaires, et non des moindres (notamment Dexcom et Sanofi, dans le diabète), Google apparaît effectivement comme un partenaire de choix pour l’assureur.

Un rapprochement entre Google et des assureurs santé pourrait donc aider à lever certains freins à la diffusion de solutions innovantes, en apportant des solutions de financement, et en multipliant les canaux de distribution pour toucher patients et professionnels de santé. Mais au-delà de la distribution, la question est de savoir quelle utilisation sera faite de ces nouveaux dispositifs et surtout, de leurs données. Oscar peut-il par exemple appliquer à la gestion du diabète la même logique que celle qu’il applique à la promotion de l’activité physique avec les bracelets Misfit ? Certains observateurs voient ainsi en Oscar le premier assureur qui pourrait proposer des tarifs dynamiques aux patients diabétiques en fonction de leur capacité à garder leur diabète sous contrôle.

Vers une uberisation de l’assurance santé ?

Dans la chaîne de valeur de la santé, Google vient de poser une option dans la case payeur. La question n’est donc plus aujourd’hui de savoir si Google va devenir un acteur de santé mais plutôt jusqu’où et avec (ou contre) qui. Le géant du web va-t-il aller plus loin et devenir, à terme, lui-même assureur ? Google s’en est défendu en juin lorsque la question s’est posée pour l’assurance auto, comme il s’est également défendu de vouloir devenir un groupe pharmaceutique suite à l’annonce du partenariat avec Sanofi en août dernier.

Mais là n’est peut-être pas le véritable enjeu. Pour les acteurs traditionnels, la question est de savoir dans quelle mesure Google et ces nouveaux acteurs seront à même de redéfinir le partage de la valeur ajoutée, à travers notamment la désintermédiation de la relation client et la promesse d’une expérience utilisateur améliorée. Face à ces évolutions, les acteurs traditionnels doivent accélérer leur transformation. L’enjeu est de taille car, en matière de transformation numérique, tout retard est difficilement rattrapable comme l’a souligné récemment le rapport Lemoine. En France, les assureurs l’ont bien compris, qui multiplient les incubateurs et autres labs pour favoriser l’émergence de nouveaux modèles, et inventer les nouveaux écosystèmes de demain.

En savoir plus sur le partenariat d’Oscar avec le fabricant de bracelets connectés Misfit 

En savoir plus sur les autres investissements et projets de Google dans la santé

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